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Lorsqu'ils commentaient les initiatives d'intérêt public sous les dynasties Ming et Qing, des experts chinois et occidentaux, se penchant sur les coutumes liées à l'éclairage public des Sibao dans l'ouest du Fujian, ont brièvement évoqué les concepts de « domaine public » et de « société civile » en histoire européenne. Deux exemples célèbres en sont les travaux de William T. Rowe sur les initiatives d'intérêt public à Hankou à la fin de la dynastie Qing et l'étude de Mary B. Rankin sur les conséquences et le processus de reconstruction sociale au Zhejiang après la révolte des Taiping. Lier deux travaux a priori sans lien peut s'avérer risqué sur le plan théorique. De fait, la démarche de William Luo et Rankin a été critiquée par des experts tels que Philip P. Kuhn, Frederic Wakeman Jr et Huang Zongzhi. Ces derniers estiment que la recherche de catégories publiques et de notions de société civile en Chine sous les dynasties Ming et Qing repose sur une erreur d'interprétation des intentions. Cette approche non seulement interprète mal la relation complexe et subtile entre l'État et la société durant la période traditionnelle, mais elle affecte également divers aspects des affaires publiques. Les activités de civilisation quasi-sociale se sont détachées du fil conducteur de la civilisation autochtone de notre pays. Ces critiques me semblent pertinentes et éclairantes. Cet article n'a pas pour but de les répéter, mais de prendre l'exemple de l'éclairage public de Sibao, dans l'ouest du Fujian, pour illustrer comment un projet public en apparence moderne peut s'intégrer à l'atmosphère civilisée environnante. L'éclairage public est, comme chacun sait, un élément essentiel du génie municipal dans les sociétés modernes. Son apparence dans mon pays rappelle fortement des concepts tels que l'espace public occidental. Cela s'explique sans doute par le déploiement du réseau moderne d'éclairage public dans de nombreuses villes, grandes et petites. Cependant, ces « créations » modernes peuvent facilement nous faire oublier leurs prédécesseurs et engendrer des malentendus. Nous avons constaté que, durant la période traditionnelle, les lampes possédaient un intérieur relativement riche et que l'éclairage public, en tant que phénomène culturel, était intrinsèquement lié à la civilisation villageoise traditionnelle. Du point de vue des villageois, l'éclairage public n'est pas une nouveauté, mais un prolongement naturel de leurs valeurs sociales. Issu des origines de la civilisation, il est principalement influencé par deux concepts. Le premier est celui de la « lumière ». Dans de nombreuses localités de mon pays, « lampe » et « ding » sont homophones, et « ding » signifie « peuple ». L'ajout de lumières est porteur de symboles de prospérité et de reproduction humaine. C'est pourquoi les familles sont très enclines à installer des lampadaires. Le second concept est lié à la vision bouddhiste. La lampe, porteuse de lumière, symbolise la lumière divine du Bouddha. Il est donc important de noter que l'installation de lampadaires a également pour signification de chasser les mauvais esprits. Cependant, il est difficile de vérifier quand l'éclairage public apparaîtra dans mon pays. Les quatre villages mentionnés ici sont situés au carrefour des comtés de Changting, Liancheng, Qingliu et Ninghua, dans l'ouest du Fujian. Il existe une quarantaine ou une cinquantaine de villages dans un rayon de plusieurs dizaines de kilomètres autour de Sibao, dont les plus importants sont Wuge, Mawu, Changxiao et Jiangfang. Lors de ses recherches locales, l'auteur a constaté une coutume répandue : l'installation de lampadaires. Les habitants de Sibao les appellent « lanternes célestes » ou « lumières additionnelles ». Deux principales théories locales expliquent l'origine de cette coutume : la première la situe sous le règne de l'empereur Qianlong (1736-1795), car un temple ancestral dédié aux lanternes célestes fut construit durant cette période ; la seconde la fait remonter à la révolte des Taiping, signifiant « anti-Qing Fu Ming ». La première théorie est peu étayée, et la seconde manque de fondement historique (le Royaume céleste des Taiping n'a jamais revendiqué le slogan « anti-Qing et restauration de la dynastie Ming »). Ces arguments restent néanmoins plausibles. Lorsqu'on interroge les habitants sur la raison d'être des lanternes célestes, la réponse habituelle est qu'elles sont vénérées par des divinités, appelées Bodhisattvas des Lanternes Célestes ou Dieux Vénérables des Lanternes Célestes. Un vieil homme du village de Jiangfang a confié à l'auteur qu'une lanterne céleste à l'entrée de leur village dégageait une aura spirituelle très puissante, et que les monstres étrangers n'osaient pas s'approcher. On raconte qu'un démon, arrivé à l'entrée du village, fut terrifié par le pouvoir de la divinité de la lanterne. Il n'osa ni reculer ni entrer, et resta caché dans le fossé voisin pendant trois ans. En ce sens, la signification des lanternes célestes se rapproche de celle des menhirs. Certains pensent également que les lanternes célestes servent à prier pour avoir un enfant. Dans la pratique, ces deux significations coexistent.
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